1er avril 2016 – Colloque « Personnes migrantes : actrices de la transversalité des luttes ? »

Un colloque organisé par les personnes demandeuses d’asile du projet Dazibao – session mars-avril 2016

Vendredi 1er avril 2016 – Maison des sports (12 rue des Prémontrés – 4000 Liège) – 13h30 à 17h.

L’aboutissement de cette session a connu comme oeuvre emblématique la mise en place d’un colloque intitulé « Personnes migrantes : actrices de la transversalité des luttes ? », pensé et organisé par les stagiaires du Dazibao. Cette initiative est née de leur volonté à interpeller la société civile sur les réalités qu’ils vivent dans le cadre de leur procédure et, probablement, qu’ils vivront au quotidien en tant que sans-papiers en Belgique. Conscients du fait que les politiques d’asile actuelles tout comme les autres mesures d’austérité menées par le gouvernement ainsi que l’Union Européenne (accord récent avec la Turquie, réforme du chômage, des pensions, etc.) déboutent les citoyens de leurs droits fondamentaux dans une logique d’exclusion, les stagiaires ont voulu réagir en organisant un événement public qui se voulait déboucher sur des actions concrètes.

C’est dans un contexte de réactions extrêmes visant à désolidariser la société civile (attentats à Paris, puis à Bruxelles) que le colloque s’est inscrit en tant que réflexion transversale et moment d’échange sur des thématiques connexes.

Cette rencontre a réuni à la fois des personnes demandeuses d’asile et sans-papiers, des associations militantes (de Flandre et Wallonie), des membres de la Croix-Rouge et des structures syndicales afin de confronter les points de vue sur les luttes et stratégies à mener et termes d’action. Cette démarche s’inscrivait dans une série d’initiatives militantes que le Monde des Possibles soutient activement depuis 2003, et plus particulièrement dans les suites d’un projet appelé « L’école des solidarités » (formation aux droits des personnes d’origine étrangères organisée avec la FGTB et le CEPAG). L’objectif est d’envisager dans quelle mesure ces luttes peuvent trouver convergence avec d’autres personnes qui vivent aussi des logiques d’exclusions (travailleurs sans emploi, seniors, jeunes, femmes,…).

Intervenants qui étaient présents au colloque :

Vous pouvez télécharger les actes du colloque en cliquant ici (PDF, 162 ko)

Renseignements Kevin Cocco au 04/232.02.92

Notes de synthèse sur l’atelier « qu’est-ce qu’être en résistance quand on est migrant ? »

Ateliers philosophiques: être en résistance quand on est un migrant

Le Monde des Possibles, en partenariat avec la Maison des Sciences de l’Homme, à organisé en2015 trois ateliers de discussion philosophique autour de la question “Qu’est ce qu’être en résistance quand on est un migrant?”.  Vous retrouverez ici la synthèse des travaux remarquablement coordonnées par Géraldine Brausch.

Qu’est-ce que la citoyenneté quand on est un migrant ? Est-ce être « intégré » ? Est-ce avoir ses « papiers » ? Est-ce avoir accès aux droits fondamentaux ? Est-ce être reconnu dans son identité et sa culture ? Est-ce être « représenté » ? En Occident, quelles sont les diverses revendications et luttes des migrants ? Comment se font-elles entendre ? Sont-elles entendues ? Rencontrent-elles l’organisation politique des Etats européens ? Rencontrent-elles les mouvements issus de la société civile comme les mouvements ouvriers et syndicaux, les mouvements féministes ou écologistes, le tissu associatif ? Y a-t-il des convergences entre ces mouvements et organisations ? Divergences ? Les revendications des migrants ouvrent-elles à une nouvelle manière de « faire de la politique ?

affiche subalternité

Le caricaturiste Nicolas Vadot nous rend visite dans le projet Interlangues.

Quand l’audace, la liberté, le mouvement et l’humour nous rassemblent.

Ce dimanche 20 décembre 2015, nous avons accueilli le caricaturiste Nicolas Vadot dans notre projet Interlangues. « Désapprendre l’intolérance en apprenant à se regarder dans un miroir » pourrait être le conseil que Nicolas a adressé ce jour aux 50 jeunes caricaturistes des Balkans et Caucase rassemblés à Bruxelles.

Comme 120 autres caricaturistes du monde entier, Nicolas est membre de l’association « Cartoonist for peace » créée en 2006 par Plantu et Koffi Hanan après l’affaire des caricatures au Danemark. Cette association regroupe des chrétiens, athées, musulmans, juifs, laïcs qui échangent ensemble sur le dessin de presse, sur les tabous de chaque pays.

Le métier de caricaturiste consiste à tendre un miroir aux lecteurs afin de nous inviter à réfléchir à nos propres convictions en observant celles des autres. Est-ce que le dessin doit faire réfléchir ou doit-il distraire ? Nicolas n’est pas un dessinateur humoristique, pour lui l’humour est un moyen et pas une fin.  Son métier est de faire réfléchir car le dessin ignore les frontières, il s’adresse à notre inconscient.

Différentes manière peuvent être utilisées pour toucher les gens ; l’approche poétique tente de mettre une distance entre la réalité et nous, mettre le monde à distance pour le rendre plus supportable ? Le dessin peut être une manière de partager une émotion collective, de renouer avec la joie d’être actif dans l’action, dans des nouvelles expériences collectives.

Le dessin satirique adresse les tabous. Comment les détecter ? Nicolas félicite les jeunes participants du projet Interlangues de s’être déplacés en Belgique, de voyager car le voyage est une belle manière d’apprendre d’autres manières de penser. « Le meilleur moyen de devenir stupide est de ne pas se mélanger ». L’interaction permet de comprendre d’autres réalités, de devenir moins con. C’est un peu l’idéal européen ; tous différents dans une même entité.

Le sexe et la religion constituent les tabous les plus fréquents avec lesquels jouent les dessinateurs. Nicolas déplore une certaine censure plutôt économique liée à la peur de perdre des abonnés plutôt qu’à une disposition moralisatrice. Il est important de replacer chaque image dans son contexte pour éviter des mauvaises interprétations. Un des dessinateurs du journal Charlie Hebdo Tignous respectait toutes les croyances et non croyances. Nicolas croit qu’il a été assassiné parce qu’il respectait les croyances de chacun-e car les extrémistes tuent ceux qui ne pensent pas comme eux.

L’évolution du métier de caricaturiste amène Nicolas Vadot à constamment évaluer les éléments qu’il place dans un dessin de presse et à expliquer comme aujourd’hui son métier à différents publics. Les petits dessins comme ceux que les jeunes du projet Interlangues réalisent rappellent aux adultes qu’ils ont été des enfants et que leurs impertinences peuvent persister dans nos modes d’expressions.

Interlangues signifie que le dessin est un langage universel, c’est aussi une manière d’affirmer l’humilité de nos perceptions du monde, que la vérité n’existe pas. Wolinski disait qu’un dessinateur de presse « n’a pas d’illusions », il tente de dessiner le monde tel qu’il est, en cherchant un certain espoir sans tomber dans le cynisme.

Sur différentes thématiques (écologie, lutte contre les discriminations, manque d’objectivité de certains médias….) nous trouvons des points de vue originaux, des formes de contestation issues du jeu, du rêve, du plaisir d’être présents que les animateurs Kevin Cocco et Thomas Vermeire proposent pendant ces 5 jours de rencontre à Bruxelles.   Comme Nicolas Vadot le souligne, on découvre dans ces dessins des jeunes une dimension symbolique et du réel qui propose un nouvel imaginaire à ceux et celles qui savent regarder le monde autrement.

Vous souhaitez retrouver les dessins de Vadot ?

Une présentation d’interlangues ?

Avec le soutien de l’Union Européenne – Erasmus +

Jahria en Inde. Une ville sur des braises

Alors que tous les regards sont tournés vers la France et la conférence sur le climat, nous nous arrêtons sur les enjeux de cette réunion planétaire.

Pour être en rang dispersé, les délégations à cette conférence le sont. Pays émergents, lobby pétrolier, pays développés, grande puissance, tous sont réunis autour d’une même table. Si discuter ensemble est une réalité, une harmonisation des points de vue reste utopique eut égard aux intérêts divergents.

Le cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)10, paru en 2014, prévoit une hausse des températures de 0,3 à 4,8 °C d’ici 2100.

Arriver à ce résultat requiert des efforts de la part de tous les pays. Le niveau de développement industriel n’étant pas les mêmes, les responsabilités au point de vue de la pollution sont très différentes et cela constitue un blocage dans les discussions.

L’inde, pays émergents est un pays dont l’essentiel de l’énergie est fourni par les énergies fossiles dont notamment le charbon. Pour les Occidentaux, il incarne l’industrie du XIX siècle. En Asie, il est synonyme de développement et de richesse. Peu cher, facile à produire et quasiment inépuisable, le charbon pourrait bien être l’énergie d’aujourd’hui et même celle de demain vu les projets gigantesques d’exploitation dans le pays. L’Inde compte doubler sa production de charbon d’ici 2020.

Dans le village de Jahria ou une importante exploitation est installée, les habitants vivent sur des braises. Des feux de charbon couvent dans le sol et sont un risque pour les populations qui ne savent plus ou mettre la tête. Des glissements de terrains sont très fréquents et les habitants perdent très souvent leurs habitations, leurs biens et même leurs vies.

Le réchauffement climatique est une réalité, mais comment aider ses pays dont la production énergétique (67%) vient des énergies fossiles (source de pollution à grande échelle) ?

Le village de Jahria dans le nord de l’Inde se vide peu à peu de ses populations et ceux qui restent sont confrontés à la dure réalité de la pollution, des maladies et du manque de structures sanitaires.

Un défi lancé à la communauté internationale et aux défenseurs du climat.

Le peuple KICHWA et le capital

Lutter pour préserver sa culture et ses droits

Si une grande partie de la lutte contre l’exploitation se concentre sur le continent européen, il convient de faire le lien avec d’autres luttes qui se passent tout aussi à coté.

Le capitalisme a atteint des proportions inquiétantes. Partout dans le monde, des voix s’élèvent pour dénoncer les abus du système. De ces voix,est celle du peuple KICHWA de SARAYAKU.

Ce peuple, descendant des INCAS, vit aujourd’hui sur les berges de la rivière Bobonaza au coeur de la foret amazonienne. Au nombre de mille deux cents (selon le collectif Krasnyi), ce peuple est aujourd’hui menacé sur ces terres.

Cent trente cinq milles hectares de foret, ça attire forcement les multinationales. Surtout quand ces terres renferment de l’or noir.

Leur lutte pour sauvegarder leurs terres peut être perçue comme une alternative contre le capitalisme et l’exploitation qu’il génère.

AGIP et la CGP (Compagnie Générale des Combustibles) furent désignés par le gouvernement de l’Equateur pour exploiter les terres de ce peuple. Malgré leurs minces moyens, le peuple KICHWA a intenté un procès contre l’état pour “non respect des droits des peuples autochtones et violation de la constitution”. Le dossier jugé par la commission inter américaine des droits de l’homme a fini par donner raison au peuple de SARAYAKU le 25 juillet 2012.

Malgré cette décision de justice, le gouvernement et les multinationales continuent de persécuter ce peuple minoritaire avec une présence de militaires et de grues pour des recherches.

Les membres de cette communauté sillonnent aujourd’hui l’Europe, pour expliquer et rallier d’autres voix à leur cause. Cette lutte légitime est pour nous la preuve que le capitalisme est un fléau mondial et doit être combattu par des mesures à l’échelle mondiale et dans l’union des forces.

La convergence des luttes entre travailleurs sans-emploi et travailleurs sans-papiers.

L’organisation des sans-papiers dans les grandes villes de Belgique

2015 est l’année de tous les changements. Le MR (mouvement réformateur), en coalition avec la N-VA forme un gouvernement pour conduire la Belgique. Le portefeuille de l’asile et migration revient à la N-VA avec à la manette THEO FRANCKEN.

La politique migratoire, qui n’était déjà pas au top sous le gouvernement précédent s’est durcie de manière considérable. On passe à une politique restrictive. Le taux de réussite pour les demandeurs d’asile chute (16%) tel un fruit trop mur. Les personnes déboutées de leur demande d’asile se retrouvent sans droit et exposées à toutes formes de dérives autoritaires : exploitation, arrestation arbitraire, enfermement et expulsion vers des pays en proie à toute forme d’insécurité. Au même moment les politiques se lancent dans une politique de division et de précarisation des populations : saut d’index, retraite à 67 ans, exclusion du chômage pour certains et du revenu d’insertion pour d’autres, diminution du pouvoir d’achat des ménages. Les CPAS subissent des coupes budgétaires. Pour justifier le mal de la société, les sans-papiers sont un bouc émissaire parfait pour le gouvernement. Ils sont désignés comme des coupables dans la crise qui secoue le pays. Accusés de prendre le travail des Belges, de vol à l’étalage etc…

C’est face à toutes ces injustices que les mouvements de sans-papiers se formeront dans tout le pays (Liège, Bruxelles, Mons, la Louvière). Objectif affiché : lutter contre l’exclusion dont ils sont victimes et déconstruire les préjugés et les stéréotypes. La voix des sans-papiers de Liège est un de ces mouvements et lutte auprès des autres collectifs pour une reconnaissance et une prise en compte des personnes sans-papiers et pour une société plus juste.

Dans un souci de communiquer avec l’opinion publique et de rallier plus de personnes à sa cause, la VSP a entamé une occupation. Ce geste est une forme de lutte. Rester dans l’ombre ne permettra pas une visibilité des souffrances affligées à cette classe de la population. Aussi illégale soit-elle, cette démarche acquiert une grande adhésion de la population et permet de greffer la lutte des sans-papiers aux autres luttes sociales. Les Sans-papiers ont à ce jour fédéré autour d’eux une grande partie des précarisés et de tous ceux qui vivent aujourd’hui un déni de leurs droits. On peut ainsi voir les travailleurs avec ou sans emploi, les étudiants, les partis politiques de gauche radicale, les associations de défense des droits de l’homme, défiler fièrement aux côtés de ceux qu’ils nomment fièrement « nos frères d’armes ». Toutes ces personnes se sentent unies pour la même cause : lutter contre le gouvernement et ses politiques néo-libérales.

Le silence imposé de la servitude

Article publié dans le périodique « Agenda interculturel » du CBAI de Juin 2015 | n° 326 | Police et diversité, le choc des malentendus

Voir http://www.cbai.be/revuearticle/1291/

Plusieurs personnes sans-papiers nous indiquent une augmentation des contrôles policiers dont elles font l’objet1. Cette progression est-elle réelle ou faisons-nous face plutôt à une variation du dispositif de contrôle social qui s’étend à de plus en plus de parties de la population ? Toutes les personnes arrêtées le 26 mai dernier au centre de Liège ont été relâchées ; alors pourquoi 7 combis de policiers et le caractère ostentatoire de ce contrôle ?

Il s’agit d’interroger les rapports que peut entretenir l’Etat, sa politique migratoire et la police avec cette population mobile des sans-papiers dans un contexte de contestation sociale grandissante. Le renforcement des contrôles policiers à l’égard des sans-papiers doit-il être corrélé avec le fait qu’ils/elles incarnent une certaine évolution des travailleurs vers plus de flexibilité en matière de mise au travail, de conditions de travail, des formes d’emploi informelles2… ? Question qui concerne finalement tous les travailleurs et travailleuses de Belgique. Les travailleurs sans-papiers, boucs émissaires aujourd’hui, sont-ils une préconfiguration du statut des travailleurs nationaux de demain ? Ils incarnent aujourd’hui une disponibilité et vulnérabilité de plus en plus grande en raison du lien entre leur précarité juridique et précarité économique. Que révèlent les contrôles policiers à cet égard ?

Sécurité de l’Etat, sécurité dans l’Etat

Comment s’exprime la politique migratoire dans l’exercice du pouvoir qui consiste à contrôler des sans-papiers, à les intimider, à les menacer et souvent à les relâcher ensuite ? La politique migratoire semble s’exercer en invoquant des intérêts supérieurs (la sécurité DE l’Etat, etc.) alors que la police se présente comme instance continue dans son exercice pour assurer « le bon ordre » (sécurité DANS l’Etat). Ne doit-on voir dans ce contrôle policier du 26 mai qu’une stricte application de la raison d’Etat et sa matérialisation dans une politique migratoire de plus en plus fascisante ? En effet, nous pouvons déplorer de plus en plus de discours officiels qui contribuent à amalgamer les discriminations illégitimes en différences légitimes, à associer les délinquances avec les migrations et à alimenter ainsi une criminalisation grandissante de la figure de l’étranger. Il s’agit d‘«interpeller les illégaux criminels » déclarait récemment Théo Francken (secrétaire d’État à l’Asile et aux Migrations, NV-A) qui investit intensivement la spirale répressive et populiste inspirée par le Vlaams Belang dont il cache difficilement ses affinités. Aux dernières nouvelles, les familles de sans-papiers avec enfants seront à nouveaux enfermées en centres fermés dont il souhaite augmenter la capacité « d’accueil » tout en régulant leur démographie par une recrudescence des expulsions3. Le « cordon sanitaire », affirme-t-il.

La police ce soir-là semble avoir fait part d’une certaine irrationalité : plusieurs personnes ayant la même situation administrative furent tantôt libérées sur le champ, tantôt arrêtées et emmenées au poste de police. Ces contrôles policiers intempestifs génèrent une menace permanente qui invite les sans-papiers à rester chez eux, à rester invisibles mais disponibles pour les fonctions subalternes d’une économie informelle où ils sont corvéables à merci.

Soulignons que la collaboration entre les polices locales, l’Office des Etrangers et les communes au sein du programme SEFOR (Se-Sensibilisation – Fo – Follow up and Return) autorise désormais la police à intercepter les sans-papiers à leur domicile sans mandat3. Devant une approche des polices communales qui pouvait antérieurement être interprétée différemment en fonction de sensibilités locales, l’Office des Etrangers a serré les boulons et désormais tente d’optimiser ses logiques d’intervention avec un maximum d’efficacité. Les polices locales sont désormais pleinement impliquées dans la politique d’éloignement.

Les contrôles policiers ont un double effet de pouvoir sur les sans-papiers et la population. D’une part, ils profitent à certains employeurs par une logique de stock de main-d’œuvre, abondance que la fabrication de l’illégalité génère ; d’autre part, par la démonstration « spectaculaire » dans l’espace public que l’Etat contrôle les flux migratoires, que la population peut dormir tranquille. Instance de régulation sociale, de normalisation en vue d’obtenir un comportement conforme des individus, la police agit ici sur fond d’un désordre virtuel ou manifeste selon une logique relation obéissance/déviance. Ici aussi la question du degré « d’insécurité que l’Etat décrète » compatible avec la liberté des citoyens concerne tout le corps social.

Exploitation économique

Les politiques de fermeture des frontières sont efficaces à d’autres choses que ce qu’elles disent viser car certains secteurs clés de notre économie ne tiendraient pas sans l’usage d’une main-d’œuvre non déclarée. Il s’agit du bâtiment, travaux publics, agriculture, restauration, hôtellerie, service à domicile etc. Etrangement, il existe un contraste saisissant entre l’absence de contrôle sur le lieu de travail et la recrudescence des contrôles dans l’espace public ; la probabilité pour un employeur de sans-papiers d’être contrôlé est infime au regard des contrôles des sans-papiers quotidiens chez eux ou dans l’espace public (gares, trains,…).

Les associations qui accompagnent les sans-papiers comme Le Monde des Possibles se retrouvent dès lors dans une difficulté à circonscrire les contours de cette police, ou plutôt nous devrions dire des polices en présence. SEFOR a en effet permis à l’Office des Etrangers de donner des « consignes » à la police locale pour ordonner les arrestations. Police comme politique ont la mission de gérer le corps social. Cette mission commune brouille les limites de leur champ d’action respectif et autorise alors la police à composer librement avec les circonstances, ce qui lui confère une part de souveraineté habituellement réservée à la raison d’Etat. De la politique migratoire à la police il n’y a donc pas une si grande opposition organique mais plutôt une différence de degré liée à des contextes spécifiques.

Il y aura d’autres contrôles policiers probablement de plus en plus répressifs dans le cadre du SEFOR. Mais parallèlement, il se développe des conduites qui souhaitent rompre l’aliénation, les liens d’obéissance aux injonctions à quitter le territoire pour affirmer les droits fondamentaux et une autre politique d’asile. Les sans-papiers sont des analyseurs de société, une figure des transformations sociétales ; une nouvelle occupation, squat d’un espace public est apparu ce samedi 6 juin à Sclessin, zone d’autonomie auto instituée où ils peuvent compter sur eux-mêmes, espace où la densité des liens interpersonnels constitue un sentiment collectif, une conscience de soi politique qu’aucune police ne pourra neutraliser.

Didier Van der Meeren

Administrateur asbl Le Monde des Possibles

www.possibles.org

[1] Contrôles policiers ne signifient pas ipso facto déportations. Celles-ci ont augmenté selon le porte-parole de l’Office des Etrangers.

[2] Exemple : un contrat de travail compté en heures pour les travailleurs étudiants est en réflexion au gouvernement fédéral. Voir www.lalibre.be/actu/belgique/le-job-etudiant-compte-en-heures-solution-ou-probleme-545a5a8a3570a5ad0ee098aa

[3] www.lalibre.be/actu/politique-belge/theo-francken-veut-augmenter-la-capacite-d-accueil-des-centres-fermes-543b5aec35708a6d4d5dd1a2

[4] Je laisserai le soin au lecteur de faire un parallèle avec les visites domiciliaires chez les chômeurs que le secrétaire d’État en charge de la Lutte contre la fraude sociale, Bart Tommelein (Open VLD), souhaite imposer. Homologie des pratiques à l’encontre des travailleurs sans-papiers et des travailleurs sans-emploi.