Lors de la fondation de l’ASBL le 22 mars 2001 par Régine, Hugo, Simon, Sylvia, Hulya, Didier et d’autres ami.e.s, le Monde des Possibles c’était ;
Les débuts et l’évolution
Un petit local de 20 mètres carrés où s’expérimentaient déjà des rencontres, des joies, le plaisir d’être ensemble en apprenant la langue française. C’était 2 tables et 8 chaises différentes.
Un lieu déjà branché sur les nouvelles technologies et Internet naissant avec un modem 56k qui faisait un bruit de boite de conserve et puis un ADSL qui tombait en panne une fois sur deux. Les cours de français en même temps que le service social et que les cours d’informatique dans un brouhaha délirant.
Un petit espace rue du Potay à côté de la place Saint Léonard, porte ouverte sur le parc et la colline, des êtres humains d’horizons multiples qui passent et qui disent des mots dans toutes les langues, des mots d’amour parfois.
La vie communautaire et créative
Des tables sur le trottoir avec des repas du monde entier, des copains, des chaises, des divans dépareillés, des lampions que nous regardions du haut de la colline, de la musique et du bon vin, des casseroles et vaisselle récupérées, un don de café anonyme tous les jours, des guirlandes de toutes les couleurs découpées dans du papiers kraft, des cigarettes écrasées dans le nouveau vinyle, le chien d’Hélène qui faisait sa sieste au milieu de la rue et bloquait la circulation.
Beaucoup de rires entre nous, des nouveaux venus du monde entier qui dormaient parfois la nuit sous les tables des cours, auberge de jeunesse improvisée, des cris de leurs enfants qui jouaient sur le parking et envoyaient leur ballon sur les voitures des voisins.
Des ateliers cuisine, de dessin, de l’artivisme… C’était une certaine conception du temps long, non linéaire, comme le citait Damasio, nous visions de la puissance au sens de « capacité à », aptitude incarnée à faire, à agir, à être. Puissance de porter et faire croitre les forces de vie autour de nous, au point où plus rien ne peut les affaiblir, les ronger, en blanchir les couleurs ou en délaver l’énergie.
L’historique raconte comme le MDP a pu garder cette jeunesse, cette ouverture au monde, cette légèreté et authenticité, que l’accueil inconditionnel des personnes d’origine étrangère reste la priorité, que la lutte pour les droits fondamentaux guide notre quotidien. Audace et joie qui viennent d’un ici et maintenant, une vie qui pousse et agit, une vie qui crée un réseau, un tissu, une mémoire commune.
Nos motivations : hier et aujourd’hui
C’est probablement ceci à des degrés divers en fonction des sensibilités de chacun.e :
Avoir le sentiment que nous pouvons combattre collectivement l’injustice dont font l’objet les personnes d’origine étrangère, les situations d’insatisfaction ; tenter d’avoir des manières d’agir en cohérence avec nos principes d’émancipation, nos valeurs.
Essayer d’être un lieu de transformation, de solidarités interpersonnelles ; contribuer à de nouvelles formes d’actions en faveur des droits fondamentaux.
Croire en la justice, critiquer le droit quand il est injuste ; enfermement des enfants, déportations…
Identifier des mécanismes qui provoquent la pauvreté, la persécution ou la mort, la souffrance à cause des politiques d’asile, du travail pénible, des violences de genre ;
Soutenir l’esprit d’entreprendre collectif, les atouts pour créer des projets subsidiés ou non en faveur de l’insertion sociale et professionnelle.
Nous voulions avant tout nous retrouver dans un espace, un futur tiers-lieu ? pour partager savoir-faire (pédagogique, sociojuridique, militant…) et valeurs qui convergeaient vers un même objectif ; plus de justice sociale, plus de liberté et de solidarité pour les Liégeois d’origine étrangère mais pas que…. ; les fondateur.trice.s étaient convaincu.e.s que lutter pour les droits des sans-papiers, les droits des personnes migrantes c’est donc aussi lutter pour nos droits, pour une société plus juste.
L’éducation populaire comme moteur
L’histoire du MDP repose sur les principes de l’éducation populaire ; identifier comment co-construire les actions ensemble « nothing about us without us » pour répondre à des situations d’insatisfaction, comment soutenir une participation dans les politiques régionales/fédérales qui nous concernent ; c’est une intégration des savoirs d’usage des 250 personnes (plus de 50 nationalités) qui nous font confiance chaque semaine en tant qu’experts du vécu pour augmenter un pouvoir d’agir et une émancipation socioéconomique.
Comme le disait Régine Decoster, fondatrice :
Je suis de ce monde et je fais de ma faiblesse une force
C’est tenter de produire du temps politique pour produire ce qu’on veut voir apparaître dans le monde.
C’est l’art d’être là où on ne nous attend pas, de développer des actions d’interpellation pour une transformation sociale où il est important et pertinent d’être.
C’est pourquoi nous nous levons le matin.
Timeline
2001
Le Monde des Possibles prend forme comme un collectif qui refuse la répression dont sont l’objet les personnes sans-papiers, manifestant à Bruxelles pour Sémira Adamu et à Liège contre le centre fermé de Vottem depuis sa construction. Le dépôt des statuts au Moniteur se lit comme un geste pragmatique, mais il porte en lui une invitation à explorer ce que signifie agir ensemble là où nous sommes pour nos droits.
2002
L’association s’installe concrètement Rue du Potay à Liège, enracinant ses pratiques dans un territoire chargé d’histoire ouvrière et solidaire. Ici, l’apprentissage du français et des nouvelles technologies devient un terrain d’expérimentation, où chaque stagiaire est invité à raconter sa propre histoire en utilisant un conte, et ainsi à tisser des récits multiples, résistants à l’ultra individualisation en cours.
2003
La collaboration avec l’ENAIP et la reconnaissance de l’Union Européenne sur le projet Netdays signalent l’entrée du Monde des Possibles dans un réseau d’acteurs qui partagent une attention particulière aux technologies de l’information. Ces actions ne sont pas de simples formations : elles résonnent comme des invitations à réfléchir ensemble sur ce que signifie habiter un monde façonné par ces technologies. Plus tard, Sirius, Digistart, Migralink en constitueront des pistes des réponse.
2004
En intégrant le PMTIC et en lançant « Lingua », l’association ouvre de nouveaux espaces de formation et d’accompagnement. Comment les pratiques numériques peuvent-elles devenir des vecteurs d’émancipation pour des populations précarisées ? Comment les enfants primo-arrivants peuvent-ils, par le langage, redéfinir leur place dans leur école à Liège ? Questions qui aboutiront plus tard aux projets dans les écoles comme Appren’Tissage, Ecol’âge ou Schoolas’TIC.
2005
« Je raconte ma vie » et « Teen Quest » se situent dans un espace où les récits personnels sont valorisés notamment en contexte scolaire. Ces projets ne sont pas de simples témoignages : ils sont des actes de co-construction ensemble, où les voix des migrants et des jeunes se rencontrent pour résister aux simplifications, à l’oubli, et à la violence des contextes d’où ils/elles proviennent.
2006
Le déménagement rue Thone à Bressoux n’est pas seulement un déplacement spatial, mais l’ouverture d’un nouvel espace de possibilités. Avec « Généractions » et « Papilles etPapillons », l’association invite à une réflexion sur les manières d’habiter un jardin, un territoire, de créer des liens intergénérationnels et interculturels, et produire bien et services dans une démarche d’économie sociale qui culminera plus tard dans le projet d’interprètes Univerbal.
2007
Le projet européen « Diversity Crew » engage une réflexion collective sur la diversité et les discriminations intersectionnelles. En mettant en réseau des jeunes européens, Le Monde des Possibles se joint à un processus de création de savoirs partagés, où chaque participant.e devient à la fois sujet.te et acteur.trice des luttes contre les formes multiples d’oppression, à son rythme, en fonction de son désir et sa conscience politique. Les bases du projet Dazibao sont jetées.
2008
Le déménagement à la rue Grétry et le lancement de nouveaux projets marquent un tournant où l’association s’engage dans une réflexion plus profonde sur les manières de faire collectif et autogestion. « Mandala » et « Généractions » explorent des pratiques alimentaires interculturelles qui interrogent les modes de coexistence, tandis que la participation à des manifestations et des échanges internationaux ouvre un espace de résonance aux questions locales des participant.e.s qui constatent qu’elles sont partagées de par le monde.
2009
L’année marque une co-émergence des pratiques éducatives et des dynamiques interculturelles. Deux ETP se consacrent au FLE et à l’assistance sociale, soutenus par un réseau de volontaires. L’agrément en éducation permanente par la FWB confère une stabilité précieuse. Des projets comme Dazibao et Mandala révèlent un potentiel de transformation collective, explorant la cocréation d’interpellations politiques et le développement d’actions émancipatrices concrètes.
2010
L’achat d’une maison au 97 rue des Champs dans le quartier Amercoeur-Longdoz, via un prêt de Triodos, sécurise l’avenir du MDP. Le lieu permet de tester des projets d’innovation sociale, accueillant des projets comme une bagagerie pour sans-papiers, en écho aux transformations urbaines. L’affiliation au Centre d’Action Laïque renforce son ancrage, tandis que des projets littéraires et numériques prennent forme, dans un souci d’auto-affirmation et d’écriture collective.
2011
Le renforcement de l’équipe à quatre ETP permet une expansion des initiatives, dont le projet européen ATI et des actions artistiques comme « Tonneau de Diogène », mettant en scène les tensions sociales. La Webradio Marmots et des formations contre la traite des êtres humains articulent un engagement pluriel, mêlant numérique, art et défense des droits, le MDP soutien son premier collectif de participant.e.s issu.e.s des formations antérieures « les sans ciels » (essentiel)
2012
L’année s’inscrit dans une dynamique de coopération internationale, avec des projets comme le Parlement des enfants de Gaza, qui tisse des liens entre les stagiaires du MDP Liège et le Moyen-Orient. Le projet Mediamorphose initie les publics à la révolution digitale, annonçant l’arrivée des arts numériques au MDP. L’adhésion à Eurolinc marque une volonté de diversité linguistique, reconnaissance des alphabets du monde dans l’expression numérique.
2013
L’extension de l’équipe et la coordination avec les associations locales renforcent l’impact du MDP. Des projets comme Babeljob soutenu par le FOREM et Semantis soutenu par l’Organisation Internationale de la Francophonie, valorisent les savoir-faire des travailleurs sans emploi et les expressions numériques au Caucase et Balkans d’où sont originaires beaucoup de stagiaires du MDP. Le développement de la chaîne YouTube du MDP et de la TV des Possibles promeut notamment la voix des participant.e.s aux actions du MDP.
2014
Le projet « Hocus Pocus » accompagne les enfants d’origine étrangère, intégrant la logopédie dans leur apprentissage du français. « New Start » soutenu par l’UE DG Justice, accompagne les femmes migrantes victimes de violence physique, psychique ou administrative. En coopération avec le CEPAG un helpdesk juridique est mis en place pour proposer un soutien personnalisé, renforçant ainsi la protection des droits. Prémisse du futur service juridique du MDP.
2015
Le MDP obtient l’agrément wallon en tant qu’initiative locale d’intégration pour les cours de FLE depuis sa fondation en 2001. Cette année marque aussi l’essor de projets innovants comme « École des Solidarités« , l’initiative Erasmus+ Interlangues sur le dessin satirique, et « Exit ou existe« , favorisant échanges interculturels et pistes d’actions pour les TSP/TSE. L’engagement pour les droits des sans-papiers se renforce avec des actions symboliques liées aux morts en Méditerranée comme l’action « Gilets de sauvetage ».
2016
Redém’Arts est soutenu par le Fonds Social Européen, il introduit les jeunes aux métiers numériques et sera reconnu plus tard en agrément CISP. Univerbal, également soutenu par le FSE AMIF, inaugure un service d’interprétariat par des femmes migrantes. Le projet de parrainage/marrainage 109 reçoit le Prix Fédéral de Lutte contre la Pauvreté, tandis que l’agrandissement des locaux et la convention avec le MRAX renforcent l’accès aux services sociojuridiques.
2017
Le projet Melting Zoom, soutenu par la FWB, et FOL – FLE on Live, financé par le Fonds Social Européen, illustrent l’innovation en FLE/IT, avec la création d’une radio, la découverte des métiers et valorisation des savoir-faire. Vie le fonds fédéral DBSF, Sirius initie aux compétences de codage (HTML/CSS/OOP) pour plusieurs années. Univerbal, axé sur l’interprétariat social, remporte le « Prix d’argent » du réseau européen REVES et le Label européen des langues, soulignant l’importance de la professionnalisation des interprètes, notamment via l’université de Mons.
2018
Le projet InterReg TREE, renforce la coopération eurégionale avec Maastricht et Aachen. Labour-Int met l’accent sur l’insertion professionnelle via la promotion sociale, tandis qu’eu.cool critique les politiques d’asile en Europe. Des initiatives comme Casa Amigas, un fonds de garanties locatives autoportant, le soutien à Issiaka détenu en centre fermé illustrent notre engagement. La dynamique “Liège Ville Hospitalière” à laquelle le MDP participe et ses ateliers participatifs enrichissent cette année marquée par l’action collective associative.
2019
Avec 858 participant.e.s de 54 nationalités, l’année est marquée par la publication d’un livret statistique couvrant dix ans d’actions. Le service sociojuridique et son plaidoyer basés sur les permanences individuelles sont renforcés. Le projet européen DG Home AMIF Union Migrant Net identifie en Europe l’innovation sociale au service d’inclusion. Des ateliers de réflexion philosophique, des événements culturels, et une valorisation des langues en voie de disparition enrichissent une démarche d’inclusion.
2020
Le Monde des Possibles fait face à la pandémie en réinventant ses pratiques : les formations FLE se digitalisent, Univerbal passe à la visioconférence, et Kali’Folies élabore un glossaire numérique. Hospi’jobs est emblématique par un taux d’insertion élevé dans l’emploi au sein des hôpitaux. Le webinaire Union Migrant Net explore l’inclusion à travers l’économie sociale en Europe. Le décès de Régine Decoster, membre des fondateur.trice.s de l’ASBL nous affecte, son engagement est une source d’inspiration.
2021
Le Monde des Possibles fête ses 20 ans dans de nouveaux locaux (anciennement l’ONSS) de 650 mètres carrés dans le centre historique de Liège (en Potiérue). Les projets WIBOT et Les fils d’Ariane confirment une orientation du MDP sur les questions genres et migrations. Univerbal, Hospi’jobs et Redem’Arts renforcent leur impact avec des agréments et formations étendues. Cease Fire interroge les effets du commerce des armes produites en Wallonie sur les flux migratoires à Liège.